Historique
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le billard était couramment pratiqué dans beaucoup d’établissements lausannois. Les nombreux amateurs qui les fréquentaient se préoccupaient peu de science et prenait un vif plaisir à faire courir les trois billes le plus longtemps possible sans se soucier le moins du monde de “rappel”. L’étude de la série avait pourtant commencé dans les grandes capitales comme Paris et Vienne. Rodolphe Agassis, grand voyageur, fin lettré, à qui la nature avait fait don de tous les talents rapporte en Suisse ces connaissances nouvelles. Il crée la Fédération Suisse des Amateurs de Billard et dans la foulée le 21 mai 1909 le CLAB, Club Lausannois des Amateurs de Billard.
Le CLAB est donc né de la rencontre entre des amateurs de billard et la démarche intellectuelle permettant de prolonger la série. Le catalyseur en fut Rodolphe Agassis. On l’appelait “Le Patron ” dans le sens aussi de celui qui détient la connaissance.
C’est dans la Taverne de l’Hôtel Central et Bellevue qu’il choisit de fonder notre club. Lorsque l’on sait l’importance qu’avait le Central dans la vie lausannoise et sa réputation internationale on n’en sera pas surpris. Dès son début le club comptera 50 membres et plus.
Voici donc notre club créé, la salle de billard du Central comportait 9 tables dont 3 furent réservés exclusivement aux membres du CLAB. La salle était ouverte au public et dès cinq heures de l’après-midi on y trouvait des adeptes de plus en plus nombreux. Là commence les problèmes entre le propriétaire des billards, soucieux du rendement financier des 3 tables réservées, et le CLAB qui exigeait un matériel parfait, soit deux changements de tapis par année ainsi qu’un jeu de billes neuf par table.
D’où un échange de correspondance périodique, le Central disant “ les billards réservés au club ne me rapportent pas assez ” et le comité répondant “ la qualité du matériel n’est pas celle que nous exigeons ”. Ce point de brouille sera déterminant lorsque le club décide, en 1927,de quitter le Central pour l’Hôtel de la Poste, en haut du Petit-Chêne, et d’acheter ses propres billards pour se trouver enfin dans ses meubles.
A l’hôtel de la Poste ce sera l’escalier montant à la salle qui devient trop pénible pour certains et le fait que cette salle étant privée elle était beaucoup moins fréquentée que le Central. Les membres démissionnaires n’étant pas renouvelés le nombre en diminue dangereusement. Le comité décide alors, en 1930, de quitter l’Hôtel de la Poste. Son nouveau local sera l’hôtel de la Paix auquel le club vend ses billards et se retrouve à nouveau en location.
Tout allait pour le mieux jusqu’au jour ou l’hôtel décida d’installer dans le même sous-sol un jeu de quilles. Le bruit causé par ce jeu de quilles séparé de la salle de billard par une mince cloison crée un grand mécontentement. En plus le décès du directeur de la société fermière de la Paix conduit à un concordat. Le club essaie de retrouver ses billards qui n’avaient pas été totalement payé par La Paix, en fait il n’en encaissera que la moitié.
Le 14 juillet 1936 une assemblée extraordinaire décide de quitter l’hôtel de la Paix. Charles Inaebnit rachète les billards au club et loue le local qui nous avait vu naître, nous voici à nouveau au Central. Nous y resterons pour 15 ans.
Vers 1949 Charles Inaebnit vend les billards à Jean-Jacques Lyon.
Nous voilà dans les années d’après guerre, les affaires reprennent et bien sûr vint le jour où la direction de l’hôtel décida de consacrer leur sous-sol à une activité plus rémunératrice.
Le comité repart à la pêche au local dans ce petit bassin de St-François. Les recherches aboutissent et en 1951 nous nous installons au Lausanne Palace, à côté de la Rotonde, dans une salle superbe avec une grande baie vitrée donnant sur le parc. La vie quotidienne repris et petit à petit la salle du Palace qui avait paru si magnifique perdit de son attrait, le public n’y venait guère, un hôtel de luxe était peu fait pour l’attirer. De plus le développement économique qui ne fait que des heureux conduit le Lausanne Palace à renoncer à notre clientèle au profit de commerces créateurs de richesses permettant de payer des loyers élevés. Il fallut donc chercher encore une fois un nouveau local.
Nous étions allé deux fois au Central, pourquoi ne pas retourner une deuxième fois à La Paix ? Notre ancien local qui pendant la guerre était devenu le cabaret “Au coup de soleil ” animé par Edith et Gilles avait fermé ses portes et n’avait pas reçu de nouvelle affectation si ce n’est le couloir du jeu de quilles qui abritait maintenaient un cours de golf parfaitement silencieux. Les négociations aboutirent probablement en 1955 et nous voilà à nouveau à la Paix les billards étant toujours propriété de Monsieur Lyon.
Les années passent, la fréquentation baisse tellement que le club peut racheter les billards à bas prix ; voici le club dans ses meubles pour la deuxième fois de son histoire.
Mais quelques années plus tard la fréquentation devient catastrophique au point que pour la première fois et la seule le 13 juin 1969 le comité convoque une AG extraordinaire pour dissoudre le club. Fort heureusement quelques membres ont refusé cette issue, Georges Junod prit la présidence et pour relancer l’activité Jacques Blanc donna deux soirs par semaine un cours pour les étudiants. En se retroussant les manches le club survécu bien sûr mais en traversant bien des difficultés.
Puis vinrent les nouveaux projets de l’Hôtel de La Paix qui nous conduisirent à déménager encore, mais cette fois ci hors du bassin de Saint-François puisque le club émigra, en 1975, là où nous sommes encore actuellement, à l’avenue Dapples.
Dès 1976 le club bénéficia des cours Migros, ce qui apportera et apporte encore aujourd’hui beaucoup de nouveaux membres.
Les déficits chroniques se mettent à enfler au point qu’en 1980 le club décide de passer au self service pour la buvette et les compteurs.
En 1984 Georges Junod décède après une présidence de 15 ans.
Voyons maintenant quels furent les joueurs qui, par leur talent et leurs résultats nationaux ou internationaux marquèrent ces 75 premières années.
C’est tout d’abord son fondateur Rodolphe Agassis qui, et c’est une évidence, connaissait les schémas modernes de l’époque permettant de prolonger la série. Comme il n’était pas avare de conseils, beaucoup de membres en profitèrent. Patron sur le billard, il fut jusqu’à sa mort en 1940 le patron du club. Son esprit brillant et lucide faisait qu’il était écouté de tous, il fut vraiment l’emblème du CLAB.
En 1921 apparut un jeune homme qui avait déjà conquis la notoriété sur les terrains de football, Jean-Pierre Martenet. Il aborda le billard à 24 ans et, sous la conduite d’Agassis, ne tarda pas à faire de rapide progrès pour devenir un des plus brillant professionnel de son époque. Libre, cadre, 3 bandes et billard artistique il a excellé dans tous les modes de jeu et a certainement été le meilleur joueur que la Suisse ait connu.
Egalement formé par Agassiz, Charles Inaebnit gagna des titres de champion suisse et fit honorable figure dans les rencontres internationales. Après le départ de Martenet à Paris , puis le décès du patron il devint le meilleur joueur du club au jeu de série et le resta pendant plus de 15 ans.
En 1939, Fredy Aeberhard (photo), qui était un des meilleurs spécialistes de 3 bandes, est chassé de Paris par la guerre. Il avait quelques années auparavant remporté le titre de champion d’Europe, il revint donc en Suisse et passa quelques années au CLAB.
Puis vint l’époque de Jacques Blanc qui collectionna les titres de champion suisse et participa à 12 championnats d’Europe et 2 championnats du Monde aux 3 bandes. Jacques s’illustra aussi à cette époque en créant la commission des joueurs de la FSAB qu’il présida pendant 4 ans.
A noter qu'en 1968, l’équipe de Lausanne remporta la première Coupe Suisse aux 3 bandes, l’équipe était composée de Jacques Blanc, Christian Bigler, Fernand Addor et Albert Gorgerat.
En plus de ces champions, un grand nombre de membres ont par leur travail et leur disponibilité marqué la vie du club. Je citerai particulièrement 2 chevilles ouvrières du club, Pierre Ansermoz et Marc Bosset. Les bonnes volontés furent très nombreuses, je ne peux malheureusement les citer toutes.
Le CLAB organisa 3 grands championnats internationaux, en 1939 le championnat du monde à la partie libre, en 1952 et en 1977 le championnat d’Europe aux 3 bandes.
De grands champions vinrent dans notre club faire la preuve de leur talent :
Soussa, Conti, Vingerhoed, Dielis, Corin, Wafflard, Boulanger et Ceulemans pour ne citer que les plus connus.
Durant cette période bien des choses vont changer.
Tout d’abord les billards seront remplacés petit à petit pour avoir aujourd’hui un matériel qui satisfait les plus exigeants d’entre nous.
Dans les années 80 et pour la première fois dans l’histoire du club, des femmes deviennent membres et disputent des compétitions; en 1986 il y avait 3 femmes et en 1990 la gente féminine représente environ 20% des membres du club.
En 1989 le CLAB change de nom est devient l’ALB, Académie Lausannoise de Billard.
L’année suivante, nos contacts avec le mouvement des aînés donne naissance à un cours d’initiation qui nous a apporté plusieurs membres. La même année le billard français entre dans le programme des sports de l’Université de Lausanne et un cours est organisé pour les étudiants. Puis une nouvelle discipline fait son apparition à l’ALB, le 5 quilles.
Parallèlement nous introduisons la clef d’entraînement, à bas tarif, pour les membres désirant s’entraîner beaucoup.
Dès 1994 il est créé un cours pour les juniors issus du passeport vacances, les premiers temps furent difficiles mais débouchèrent sur la création d’une Ecole de Billard dans laquelle les jeunes sont bien encadrés.
Des cours internes sont également organisés, ce qui permet d’une part d’encadrer nos nouveaux membres et d’autre part d’aider ceux qui désirent apprendre.
Durant ces années l’accent est mis sur la convivialité, de nombreuses animations sont organisées tout au long de l’année dont certaines sont devenues incontournables comme la broche et le repas de Noël.
Un jeune joueur, grâce à son talent et son assiduité, brûle les étapes, devient champion suisse junior puis médaille d’argent au championnat d’Europe juniors, c’est Xavier Gretillat. En 1999 il est le meilleur joueur suisse au jeu de série et obtient d’excellents résultats sur le plan international. Il a participé depuis à de nombreuses compétitions européennes et mondiales au cours desquelles il a pu obtenir de nombreux titres.
Diane Wild est la première femme à accéder à la LNA à la partie libre, elle gagne de nombreux titres de championne suisse et a conquis en championnat d’Europe féminin 2 médailles d’argent et une de bronze. Elle a montré aux femmes de notre pays qu’elles sont à égalité avec les hommes devant les difficultés du billard. Diane préside le club depuis 1995.
Il faut aussi noter que de nombreux joueurs ont fait d’excellents résultats au niveau national tant individuellement que par équipe. Il est difficile de les citer tous, la liste serait très longue ! !
Diane Wild